2.6.13

Le livre des crânes de Robert Silverberg

Que le prix d'une vie soit exigé en échange d'une vie.






Mécanisme de l'histoire

Ils sont quatre:
Timothy, 22 ans, riche, jouisseur, dominateur.
Oliver, 21 ans, beau, athlétique, bloc lisse à la faille secrète.
Ned, 21 ans, homosexuel, amoral, poète à ses heures.
Eli, 20 ans, juif, introverti, philologue, découvreur du Livre des Crânes.

Tous partis en quête du secret de l'immortalité: celle promise par le Livre des Crânes. Au terme de cette quête, une épreuve initiatique terrible qui amènera chacun d'eux à contempler en face le rictus de son propre visage. Une épreuve au cours de laquelle deux d'entre eux doivent trouver la mort (l'un assassiné par un de ses compagnon, l'autre suicidé) et les deux autres survivre à jamais.

Mon sentiment 
(Le livre des crânes de Robert Silverberg)
Alternant les témoignages des quatre héros l'un après l'autre, nous suivons cette quête de l'immortalité, entre doutes, remises en question, foi aveugle et sarcasmes. Chaque chapitre nous offre donc la vision de l'un d'eux, sur leur aventure, leurs comportements, leurs caractères; bref, tour à tour nous découvrons comment chacun voit ses amis. Nous découvrons également, peu à peu, leurs passés, leurs fêlures. Mais au-delà d'une histoire d'amitié, Robert Silverberg nous entraine ici dans l'un de ses thèmes favoris; le voyage initiatique. A travers ces quatre jeunes hommes et leur quête de l'immortalité, l'auteur nous pousse à nous questionner;
"Est-ce que je croirais à cette immortalité? /Et pourrais-je me lancer dans cette aventure, que j'y croie ou non? /Jusqu’où serais-je capable d'aller pour réaliser un rêve improbable? /Parviendrais-je à m'observer dans un miroir reflétant mes instants les plus douloureux, culpabilisants? /M'y verrais-je vraiment? Et est-ce que je serais capable de m'accepter malgré cela?",une introspection qui se fait tout au long de la lecture... et qui continue le livre fermé.

Pièces détachées

La partie la plus fascinante, la plus esthétiquement excitante pour moi, c'est que deux d'entre nous doivent périr pour que les deux qui restent soient exemptés du fardeau de leur mortalité.

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Désolé maman, le pape ne veut pas de nous. Les filles, oui. Intuitivement, elles savent que je suis pédé et elles s'offrent quand même - par défi je suppose. Dommage. Quel gaspillage. Je suis un honnête poète, et un médiocre autour de nouvelles. Si j'avais assez de couilles pour ça, j'essaierais un roman. Je crois que je mourrai jeune. Je sens sur moi les exigences du romantisme. Pour être conséquent avec mon personnage, je dois constamment contempler le suicide.

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Nous cherchons tout le temps. Et, parfois, nous trouvons. Pas toujours. Nous allons chercher dans des tas d'endroits idiots, parce qu'en fait nous sommes des idiots, même les meilleurs d'entre nous, et aussi parce que nous ne pouvons pas connaitre les réponses jusqu'à ce que nous ayons posé plus de questions. Aussi nous courons après les soucoupes volantes. Nous mettons des scaphandres et nous descendons chercher l'Atlantide. Nous nageons dans la mythologie, le fantastique, la paranoïa, mille sortes d'irrationalités. Tout ce qu'ils ont rejeté, nous le prenons, à notre compte, souvent sans avoir de meilleur prétexte que leur refus même. La fuite du rationnel, je ne la défends pas. Je dis seulement qu'elle est nécessaire.

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C'est ce que je faisais quand j'avais seize ans. Je me faisais des listes des différentes façons de passer l'arme à gauche. Me taillader le poignet? Ouvrir le robinet du gaz? Me mettre la tête dans un sac en plastique? Esquinter ma bagnole? Marcher sur de la glace fine en janvier? J'avais cinquante projets différents. Je les classais par ordre de préférence. Je les reclassais. Je mettais d'un coté les morts rapides et violentes, et de l'autre les morts lentes et sans douleur. Pendant la moitié d'une année, peut-être, j'étudiai le suicide comme Eli étudie les verbes irréguliers.

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"Tel est le Premier Mystère: que le crâne se trouve derrière le visage comme la mort se trouve à coté de la vie. Mais sachez, ô Nobles-nés_ qu'il n'y a là aucun paradoxe, car la mort est le compagnon de la vie, et la vie la messagère de la mort. Si l'on pouvait atteindre le crâne à travers le visage et le traiter en ami, il serait possible ...[illisible] "

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