8.1.14

Courir avec des ciseaux d'Augusten Burroughs



Mécanisme de l'histoire

Augusten a toujours su qu'il été différent. Mais différent de qui, de quoi? De l'Amérique des années 70? De sa mère, complètement psychotique, qui se fait tripoter par la femme du pasteur en déclamant des poèmes? De son père, alcoolique, qui testerait bien le couteau à pain sur la gorge de sa femme? De son psy et tuteur légal, encore plus déjanté, qui lit l'avenir dans ses étrons, une bible à la main? Augusten verra bien. En attendant, il vit, tout simplement. Il pense à l'avenir. Il sera star, ou docteur, ou coiffeur. Il arrêtera de manger des croquettes pour chat. Ou pas. Récit d'une adolescence pas comme les autres dans une époque pas comme les autres.

Mon sentiment 
(Courir avec des ciseaux d'Augusten Burroughs)
Il m'est toujours difficile de donner son avis sur une autobiographie, car j'ai l'impression de juger une vie plutôt qu'un livre. Et c'est encore plus le cas avec "Courir avec des ciseaux" car ce que l'on y lit nous semble incroyable - pour ne pas dire improbable. Ce qu'aura vécu le jeune Augusten est une série de situations de plus en plus folles, alternant le scandaleux et le burlesque. Et c'est là que la plume d'Augusten Burroughs ressort et fait son effet, car là ou il aurait pus basculer dans le pathos, il nous offre l'autodérision nécessaire. Nécessaire à notre lecture, mais aussi à sa propre santé mentale je crois. Comment survivre dans un tel environnement sans basculer soi-même dans la folie, comment vivre dans un asile? Avec du détachement et de l'autodérision.
"Courir avec des ciseaux" est un livre montagnes russes, qui nous fait passer du rire "Nooooon, c'est pas vrai! Ils sont fous" au choc émotionnel "Noooon, c'est pas vrai! Ils sont fous". Le tout entrecoupé des pensées, des écrits d'Augusten à qui on ne peut pas ne pas s'attacher; le seul personnage auquel on peut s'identifier dans ce monde de fou. Augusten, c'est Alice tombée dans le terrier du lapin. Le père Noël Finch dans le rôle de la Reine de coeur, Hope et Nathalie en chapelier toqué et lièvre de mars, Deirdre serait la cuisinière-mère de l'enfant-cochon en qui on pourrait voit Poo et Agnès en chat de Cheeshire, moitié folle, moitié absente. Sauf que pour Alice, il ne s'agissait que d'un rêve, duquel on sort en se réveillant. Le réveil d'Augusten sera plus long, plus difficile à trouver.
Un livre que je conseille donc, mais pas à tous, et il est incontestable que je me replongerais dans l'univers d'Augusten Burroughs d'ici peu. 

Pièces détachées

Mon attention est concentrée sur le sèche-cheveux. Il y a des cheveux entortillés dans les alvéoles de ventilation, sur les cotés - des petits cheveux et des peluches. C'est quoi, ces peluches? Comment se retrouvent-elles dans les sèche-cheveux et les nombrils?
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C'était dur d'imaginer le beau et chic Daniel dans la salle de télé des Finch, hilare, le doigt pointé sur le chien de la maison, parce que le petit Poo se tortillait par terre, pantalon baissé, tandis que le chien lui léchait son pénis en érection. C'était dur d'imaginer Daniel assistant à une telle scène, haussant les épaules et reportant son attention sur la télé. Parce qu'il avait fini par s'habituer à ça.
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Allez savoir comment, ma mère s'était débrouillée pour retourner la situation en la ramenant à elle. Elle avait le chic pour ça.
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Tout ce que je veux, c'est une vie normale, me disais-je. Mais était-ce vrai? Je n'en était pas si sur, car une part de moi prenait plaisir à détester l'école, se délectait de tous ces drames que provoquait mon refus d'y aller, et des conséquences éventuelles, quelles qu'elles soient. L'inconnu m’intriguait. Que ma mère soit une telle épave m'excitait même légèrement. Etais-je devenu accro aux crises? J'ai passé le doigt le long de l'appui de la fenêtre. Désire quelque chose de normal, désire quelque chose de normal, me suis-je répété.
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C'est précisément pour cette raison qu'il est parfois gratifiant de se tailler les veines et de pisser le sang. Comme en ces jours de grisailles où rien ne distingue huit heures du matin de midi, où rien ne s'est passé entre les deux et où rien ne se passera après, et que vous êtes en train de laver un verre dans l’évier quand, accidentellement, il se brise et vous entaille la peau. Ce rouge vous cause alors un choc, c'est la chose la plus éclatante de la journée, il est si intense qu'il vous donne le tournis, ce sang - votre sang. Ce n'est pas forcément désagréable, car au moins, on se sait vivant.
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-Tu devrais vraiment raconter tout ça par écrit.
Et moi;
-Même si je le faisais, personne ne me croirait.
-C'est vrai. Peut-être qu'il vaut mieux juste oublier.
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Nous possédions un trésor: la liberté. Personne ne nous disait qu'il était l'heure d'aller au lit. Personne ne nous disait de faire nos devoirs. Personne ne nous disait que nous ne pouvions pas boire deux packs de Budweiser pour ensuite aller vomir dans la machine à laver.
Alors, pourquoi nous sentions-nous à ce point prisonniers?
(...)
Plus que tout, je voulais me libérer. Mais me libérer de quoi? Là était le problème. Ne sachant pas de quoi je voulais me libérer, j'étais coincé.
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Notre vie est une infinie étendue de misère, ponctuée de nourriture industrielles, de crises passagères ou de curiosités divertissantes.

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